De la Bolivie à l'Irlande il n'y a qu'un pas...
11 Septembre 2012
Pourquoi personne ne nous dit jamais qu'il existe ce moment de panique totale à l'arrivée dans un pays étranger (en l'occurrence l'aéroport de Miami)? Ce moment où tu sors de l'avion et où tu sens que tes jambes commencent à trembler et que tu ne sais plus parler un mot d'anglais. Et tu te rends compte que ça en est visible au point que l'hôtesse te dise «stay cool» - je devais avoir la gueule des grands jours-. Une fois passées les douanes, tu te poses et là, c'est de pire en pire... Tu n'arrives plus à penser, tu ne sais plus quoi faire quand survient un obstacle quel qu'il soit - moi c'était la connexion internet qui n'était pas gratuite - alors qu'en réfléchissant 5 minutes la réponse s'offrirait à toi... Tout ce dont tu as envie à ce moment précis c'est tout arrêter et rentrer chez toi, comme si tu étais dans un cauchemar et qu'à tout moment tu pouvais te réveiller!
Le temps passe et tu commences à te calmer, mais tu n'arrives toujours pas à ressentir l'excitation qui t'a guidée jusqu'à ce départ, qui t'a permis de te dépasser et de franchir les obstacles - tels que les examens -. C'est alors que tu te demandes si tu es réellement faite pour tout ça, si tu ne t'es pas trompée de voie – grand reporter, vraiment -? Aucune réponse ne vient.
Et puis tu prends ta correspondance pour Santa-Cruz, Bolivie, et peu à peu tu réalises. Tu réalises que pour la première fois un océan te sépare de chez toi, de ta famille, de tes amis...c'est donc logique que tu te sentes perdue. Tu réalises que tu es en train de réaliser un rêve, que tu n'auras pas d'examens cette année, que tu n'iras pas en cours, et surtout...que Adeline (une amie de Sciences-Po Toulouse avec qui je vais partager cette aventure) ne va pas tarder à arriver à l'aéroport de Santa-Cruz!
Le voyage ne fait que commencer...
Il faut bien l'avouer, nous n'avons certainement pas apprécié Santa-Cruz à sa juste valeur. La fatigue du trajet (26h depuis Paris), le décalage horaire (6h en moins), Les bagages que nous devons trimbaler, la chaleur humide (on est dans la zone tropicale du pays), le bruit assourdissant des voitures, les vendeurs ambulants sur chaque parcelle de trottoir, les rues qui grouillent de monde...tout cela nous donne un peu le tournis. Ce n'est qu'après avoir trouvé un logement que nous commençons à prendre conscience de la situation. Nous sommes en Bolivie!
Mais Santa-Cruz n'est que l'affaire d'une nuit, une étape avant de nous rendre à Cochabamba et de commencer notre périple andin.
Il y a une chose que nous remarquons rapidement : la lumière. Chacune de nos photos est sublimée par cette lumière bolivienne.
La nuit fut chaude mais bienfaitrice. Il est temps de se rendre « al terminal » (l'équivalent de nos gares routières). Nous n'y sommes pas depuis 2 secondes que déjà un crieur nous saute dessus, nous propose un bus pour Cochabamba et porte nos bagages... Avec le recul, nous comprenons que nous nous sommes faites avoir, nous avons payé plus que le prix normal (100Bs pour le trajet) . Il vaut mieux faire comme si les crieurs n'étaient pas là et réfléchir. Pour nous c'était une première et cette atmosphère oppressante nous a faite tomber dans le piège. Mais l'important, sur le moment, était de partir de là.
Je rentre dans le bus et je ne suis pas rassurée. « Vamos » crie un bolivien...nous aurions dû partir il y a 15 minutes. Mais que sont 15 minutes sur un voyage de 9 heures! D'ailleurs, croisons les doigts pour qu'il ne dure pas 13 heures... Juste avant de partir, on nous a dit qu'il était fréquent de tomber sur un « bloqueo » (manifestation qui bloque les routes et qui peut durer 24h). Des rideaux accrochés par des ficelles; des fenêtres qui ne s'ouvrent que péniblement et dont les joints ne sont plus qu'un vague souvenir; des sièges rouillés qui ne se baissent que dans un grand fracas...la route jusqu'à Cochabamba va être longue! Mais en observant un peu, je remarque que ce bus d'un autre âge nous présente un concentré de Bolivie. A ma droite, un homme sort un paquet de sa poche. A l'intérieur je crois apercevoir des feuilles séchées. Il en fait une boule qu'il met dans sa bouche...sûrement de la coca. Peut-être pour l'altitude. Nous allons passer de 400 à 2500m... Deux sièges plus loin, deux "cholitas" parées de leurs tresses et de leurs multiples jupons portent leur enfant en écharpe, sur leur dos, dans un tissu aux couleurs locales. Et pendant quasiment 30 minutes, un homme parle des risques liés à une mauvaise hygiène pour finalement vendre un produit qui nettoie le système digestif...
Dehors, le paysage (et la température) changent peu à peu. Les habitations se font de plus en plus rares et sont de plus en plus espacées. Nous nous arrêtons, 5h après le départ, au beau milieu de la campagne. Certains prennent une douche dans les «baños publicos», d'autres s'achètent de quoi manger avant de repartir pour on ne sait combien d'heures...
Enfin, l'ascension commence. Le froid commence à se faire sentir. Autour de nous, les plaines ont laissé place aux montagnes, la tête dans les nuages. La forêt est de plus en plus dense alors que la route semble se rétrécir. L'arrivée à Cochabamba, de nuit est impressionnante. Les lumières dévoilent une ville nichée au creux des montagnes.
Il est temps pour nous de déposer nos affaires dans nos logements respectifs pour les 4 prochains mois, de remplir les sacs-à-dos et de partir pour notre petit voyage en terre andine!