De la Bolivie à l'Irlande il n'y a qu'un pas...
2 Décembre 2012
Vient le moment où tout s'accélère. A présent, nous ne comptons plus les jours depuis notre arrivée ici, nous comptons ceux qui nous séparent du départ. Cette perspective est de plus en plus difficile à accepter. Aujourd'hui, je peux dire que j'ai trois familles : une en France, ma famille d'accueil bolivienne et Mano a Mano Bolivia. Pourtant il nous reste trois semaines pour profiter de tout cela. Et ces trois derniers jours (du 28 au 30 novembre), nous n'avons fait que ça.
La fin de l'année est proche et de nombreuses constructions de MMB s'achèvent. Adeline et moi avons eu la chance d'assister à deux nouvelles inaugurations très différentes. Récit d'un bond de centaines de kilomètres entre les montagnes du département de Potosí, et la jungle du Chapare.
Nous sommes le mercredi 28 novembre. Il est 4h du matin lorsque nous quittons Cochabamba pour Villque, petite communauté perdue au milieu des montagnes de la région de Potosí. Adeline et moi y étions allées fin octobre, pour une inspection du centre de santé en construction. Cette fois-ci, nous avons le plaisir d'assister à son inauguration. Le chemin pour s'y rendre est toujours aussi rude, et même pire. Avec les pluies qui ont commencé à tomber, des cailloux ont envahi le chemin et le niveau de la rivière qu'il nous faut traverser a augmenté. L'inauguration est prévue à 10h. Mais du fait d'un imprévu du maire, elle est avancée à 9h. Ce n'est pas grave en soi mais j'ai peur que la communauté dans son ensemble ne puisse se déplacer et que nous ne puissions pas partager ce moment avec eux... Dès notre arrivée, nous aidons à nettoyer et installer le centre. Quand l'heure de l'inauguration sonne, très peu de gens sont présents, mais par chance, les enfants de l'école ont pu se déplacer. Cette fois encore, nous allons partager des moments inoubliables avec eux. Ce n'est jamais simple au début. Nous nous asseyons près d'eux, prenons des photos et les leur montrons. Chaque fois, leur regard s'illumine lorsqu'ils se voient sur les écrans de nos appareils (qui les intriguent énormément). C'est à partir de là que nous pouvons commencer à discuter. Cette fois-ci c'est un peu plus compliqué parce que beaucoup comprennent mieux le quechua que l'espagnol. Mais ce n'est pas un obstacle suffisant pour nous.
Les discours de remerciement s'enchaînent jusqu'à la représentation artistique que les enfants ont préparé. Ce sont souvent des danses traditionnelles, mais c'est un bonheur à chaque fois. Adeline et moi sommes ensuite conviées à l'acte d'inauguration en lui-même. Puis, comme une surprise, des petites filles nous prennent par la main et nous apprennent leur danse. J'ai l'impression d'être ridicule -ce n'est d'ailleurs certainement pas qu'une impression- mais c'est un moment gravé dans ma mémoire.
Yasmine (celle avec qui j'ai dansé) et Diego, nous confient que malgré la distance entre leur maison et leur école (plus d'1h de marche), ils n'aiment pas trop les vacances... Quant à moi, comme à chaque fois, je trouve ces enfants d'une intelligence rare. Le fait de posséder tout ce dont on croit avoir besoin nous rendrait-il plus blasé et moins à l'écoute de la chance que l'on a? Je n'ai bien sûr pas de réponse mais à chaque fois, ces enfants me donnent une belle claque... Et fatalement, vient le moment où nous devons partir. Après nous avoir demandé pourquoi nous ne pouvions pas rester plus longtemps avec eux, il nous prennent dans leurs bras, et nous leur disons au revoir par les vitres de la voiture...
Nous sommes le jeudi 29 novembre et il est 5h du matin. Nous sommes en route pour un tout autre endroit. C'est d'ailleurs la première fois que je visite une communauté dans la jungle du Chapare. Le trajet est long mais le paysage est à couper le souffle... Je ne vois que des monts verdoyants à perte de vue, des feuilles de coca qui sèchent devant les maisons, des marchands de régimes de bananes sur les bords des routes et des restaurants de poissons. La route est goudronnée...du moins jusqu'à ce que nous empruntions un chemin de terre pour nous enfoncer dans la jungle. Nous avons l'air conditionné -je vous assure que c'est un détail qui a son importance-, et après 6h de route nous arrivons à destination.
Ce village n'a rien en commun avec ce que nous avons vu jusqu'alors. Toutes les maisons sont faites de planches de bois, et la plupart sont surélevées (pour ne pas être submergées les jours de pluie). La sècheresse des montagnes de Villque a laissé place à une forêt dense et verdoyante. Nous pouvons voir des manguiers à tous les coins de rues. Il semblerait que ce soit l'arbre qui fasse le plus d'ombre. C'est une chance pour nous qui n'aurons qu'à tendre la main pour cueillir des mangues et les déguster. Et puis nous ouvrons la portière... J'ai l'impression de ne pas pouvoir respirer. Pour moi, il y a plus d'eau que d'oxygène dans cet air! C'est suffocant : 35° et aux alentours de 80% d'humidité... A peine ai-je posé un pied sur cette terre que je sais que jamais je ne pourrai vivre ici. Pourtant, une journée de travail nous attend pour que les salles de classe et les habitations pour le personnel de santé soient prêtes pour l'inauguration. Faible française que je suis, à plusieurs reprises je frôlais l'évanouissement. Mais nous terminons enfin le travail.
Le soir, nous dégustons un plat typique. C'est fait à base de riz avec des petits-pois, du poulet, une sauce excellente et une banane frite sur le dessus...succulent. La cuisinière et sa famille nous expliquent qu'il n'y pas d'électricité ici. La plupart des maisons ont des panneaux solaires mais tous n'ont pas cette chance... Puis vient l'heure tant espérée de la douche... Je n'ai même pas le temps d'en sortir que la chaleur m'assaille de nouveau. Je ne pourrai définitivement jamais vivre ici! Avec les volontaires et quelques employés de l'ONG, nous partons alors à la recherche de bière fraîche. La soirée est excellente. C'est dans ces moments que nous partageons le plus avec les membres de MMB. Nous apprenons à les connaître et ils essaient d'apprendre quelques mots de français : «cul-sec»...
La nuit qui suit est un calvaire! La chaleur ne cesse que lorsque la pluie s'abat sur la région... Malgré l'épaisse couche de nuage, au matin la chaleur n'est pas loin. Je décide donc de revêtir le short pour la journée. Mes jambes blanches attisent la curiosité des enfants de Campo Vibóra. Et quand je leur confirme que c'est bien ma couleur naturelle, cela les amuse beaucoup... Quelques détails à peaufiner, et l'inauguration débute. Le groupe d'américains de Mano a Mano USA arrive en retard tout comme les représentants de l'entreprise pétrolière qui a financé une partie du projet. Ces derniers débarquent d'ailleurs avec une affiche publicitaire de leur entreprise qu'ils installent à côté des personnes importantes pour qu'elle ressorte sur les photos prises par le professionnel qu'ils ont embauché pour les suivre...!
Les discours de remerciement défilent et nous assistons à une danse des élèves de Campo Vibora. Quand vient le moment d'envahir leur nouvelle salle de classe, leurs yeux s'éclairent et des sourires envahissent les visages. Ce sont ces moments-là que je préfère : les enfants s'assoient à leurs nouveaux pupitres et laissent leur esprit vagabonder. Nous nous rendons ensuite aux habitations pour le personnel de santé (près du centre de santé construit par MMB il y a quelques années).
Un repas nous est offert et nous rentrons dans nos voitures en priant pour que l'air conditionné fonctionne...
Les inaugurations s'enchaînent mais chaque communauté est différente. Et à chaque fois, je ressens une certaine forme de fierté -même si je ne suis pas sûre que ce soit bien sain!-, à faire partie de ce mouvement.